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Il était une fois… Gilles de Gouberville, témoin et passeur de mémoire

Il y a 500 ans naissait Gilles de Gouberville, gentilhomme normand. Son journal, découvert au milieu du XIXe siècle, est une mine d’informations sur la vie à son époque. Dans le cadre des parrainages de l’Andra, le Centre de stockage de la Manche accueille une exposition sur « 500 ans de transmission de la mémoire avec Gilles de Gouberville » qui sera présentée au bâtiment d’accueil du public de juillet à novembre prochain. Un voyage qui nous transporte dans le Cotentin du XVIe siècle…

Sire de Gouberville, qui êtes-vous  ?

Seigneur normand né en 1521, Gilles hérita de plusieurs terres ainsi que de la charge de son père : Officier des eaux et forêts. Sa vie ? Celle des gentilhommes campagnards de son temps, occupés à gérer les affaires de leur domaine : la culture des terres, le travail des serviteurs.

Il commença à rédiger ses Mises et Receptes en 1549, à 28 ans. Ce « Journal » comme il fut désigné par la suite, est en réalité un registre de notes où il tient notamment ses comptes, un livre de « raison »(1). Le seigneur mentionne les avoirs sur salaires versés à ses serviteurs et peut ainsi régler le solde sans se tromper. Il utilise même des repères pour retrouver les dates plus facilement et des abréviations. Un aide-mémoire très efficace !

La vie en Cotentin au XVIe siècle, comme si vous y étiez

Au fil de cette « somme » de notes prises jusqu’en 1562, les sujets se diversifient : il décrit en détail les travaux agricoles (ses cultures, ses greffes d’arbres, une pratique nouvelle, son élevage de « mouches à miel »(2)), nous fait revivre la vie locale, ses fêtes et ses coutumes. Il donne à voir tous ceux qui l’entourent, les gens de sa « maisonnée », les paysans, commerçants, artisans, prêtres, officiers de justice… côtoyés « céans »(3) ou à l’occasion de ses nombreux déplacements dans la région. On y retrouve même la Cour du roi à Blois où il est amené à se rendre pour demander une promotion.

De La Hague à Valognes, la mémoire d’un territoire

Voyager en Cotentin au XVIe siècle : tout un périple, comme en témoignent certaines anecdotes. Gouberville rendait fréquemment visite à sa sœur, de santé fragile, qui habitait Gréville-Hague. Un jour de septembre 1562, pour éviter Cherbourg en proie aux troubles liés aux guerres de religion, notre gentilhomme choisit la route qui passe par la forêt de Brix… mais d’autres périls surviennent alors. Peur d’être attaqué par une bête sauvage, d’être détroussé, et surtout de s’égarer dans les ténèbres… Ses évocations nous plongent dans le quotidien et la mémoire d’un Cotentin oublié.

Ni mémorialiste ni historien

Gouberville est le témoin exceptionnel d’une époque marquée par les idées nouvelles de la Renaissance mais aussi par la première guerre de religion. Il mentionne des événements historiques, comme la mort accidentelle d’Henri II en 1549. Il relate comment, à titre personnel, il fut sommé de déclarer sa foi catholique devant toute l’assemblée de Valognes. Cet épisode qui nous livre de précieuses informations sur le protestantisme dans le Nord-Cotentin, montre également que Gouberville se prend peu à peu au jeu de l’écriture…

Avec son « livre de raison », notre gentilhomme ne peut cependant pas être considéré comme un écrivain. Selon Annick Perrot, historienne et membre du comité Gilles de Gouberville, « ce n’est pas un mémorialiste : il ne relate pas ses souvenirs après coup, il rédige ses notes au jour le jour sans apporter de commentaire personnel. Il n’est pas davantage un historien, car il ne prend pas de recul, il n’analyse pas les faits, c’est simplement un témoin de son temps. En utilisant le terme “diariste” issu de l’anglais qui désigne celui qui rédige un journal, on est plus proche de la réalité. »

« Gilles de Gouberville n’écrit pas pour la postérité, il n’aurait jamais imaginé être lu un jour. C’est un passeur de mémoire involontaire, contrairement à ­l’Andra qui cherche à conserver la mémoire des centres de stockage pour les transmettre aux générations futures.  »

Annick Perrot, historienne

Histoire d’un livre

L’abbé Tollemer fut le premier à découvrir le deuxième volet (1553-1562) du manuscrit en 1867, au château de Saint-Martin de Varreville. Convaincu de l’intérêt de ce document, il le fit éditer. Le premier volet (années 1549-1552) sera retrouvé et édité en 1886. Il faudra attendre 1993 pour la première réédition de l’ensemble. La dernière édition, revue et corrigée, a été publiée en 2020 à l’initiative du comité Gilles de Gouberville avec une version numérique.

 

(1) « Raison » de « ratio » : comptes, en latin.
(2) Abeilles.
(3) Chez lui, dans son manoir du Mesnil au Val.

 

Transmettre la mémoire du Cotentin

Impliquée dans le développement et l’attractivité du territoire, l’Andra apporte son soutien à de nombreuses associations locales. Les projets culturels qu’elle parraine ont notamment pour objectif de transmettre et de valoriser la mémoire du territoire auprès du grand public, en lien avec sa mission de conservation de la mémoire des déchets radioactifs.

Exposition « 500 ans de transmission de la mémoire avec Gilles de Gouberville »

Du 12 juillet au 30 novembre au Centre de stockage de la Manche. Entrée gratuite de 9 h à 18 h

Renseignements au  : 0810 120 172 (coût d’un appel local)

Le comité Gilles de Gouberville, créé en 1986, diffuse le témoignage du gentilhomme normand et édite chaque année Les Cahiers goubervilliens.

Pour en savoir plus : www.gouberville.asso.fr

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